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Tartous, sur les traces d’un brillant passé phénicien et médiéval

Tartous est aujourd’hui une station balnéaire de la côte syrienne, avec ses terrains de camping, ses petites boutiques d’articles de plage et son front de mer animé. Pourtant, ce n’est ni son rivage de sable, assez modeste, ni son caractère de station balnéaire qui retiendra le voyageur curieux. Ce qui donne véritablement à Tartous son caractère singulier, ce sont les témoignages de son brillant passé phénicien et médiéval.

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vue panoramique à Tartous de l’île d’Arwad

Pendant les croisades, Tartous — alors connue sous le nom de Tortose — fut l’un des principaux ports des Francs en Syrie et devint l’une des plus importantes places fortes des Templiers. Les murailles de la citadelle sont encore visibles, tout comme la remarquable cathédrale, l’un des plus beaux témoignages de l’architecture franque de la côte syrienne. Dans la vieille ville, les passages voûtés, les escaliers, les anciennes maisons et les vestiges des fortifications composent un décor pittoresque où l’on peut encore percevoir les différentes strates de l’histoire.

Une promenade sur le front de mer permet ensuite de découvrir une autre facette de Tartous, avec ses bateaux colorés et ses petits restaurants. Mais il serait dommage de quitter la ville sans faire l’excursion vers l’île d’Arwad, située juste au large. Dernier grand bastion insulaire de la côte syrienne, Arwad complète admirablement la découverte historique de Tartous.

Tartous dans l’histoire

L’histoire de Tartous est bien plus ancienne que l’époque des croisades. La ville fut d’abord un comptoir maritime phénicien, avant de connaître les influences grecque et romaine. Avec l’essor du christianisme, Tartous devint un important lieu de pèlerinage, connu dans une grande partie de l’Orient.

Selon la tradition chrétienne, une église dédiée à la Vierge aurait été fondée très tôt sur le site où se trouve aujourd’hui la cathédrale. La tradition rapporte également que l’on y vénérait une image miraculeuse de la Vierge attribuée à saint Luc. Cette tradition contribua à faire de Tartous un lieu de pèlerinage particulièrement important.

Au Moyen Âge, la ville entra pleinement dans l’histoire des croisades. Après sa conquête par Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, en 1102, Tartous fut intégrée aux possessions du comté de Tripoli. Elle devint progressivement un point stratégique essentiel pour les États latins d’Orient.

Au XIIe siècle, la ville fut disputée par les forces musulmanes et franques. Après plusieurs épisodes militaires, Tartous fut finalement confiée aux Templiers, probablement parce que seuls les chevaliers de cet ordre disposaient des moyens militaires nécessaires pour assurer la défense d’une place d’une telle importance.

Les moines-soldats transformèrent alors Tartous en une formidable forteresse tournée vers la mer. Ses murailles, ses tours et sa citadelle en firent l’un des principaux bastions francs de la côte. La ville constituait également un refuge stratégique et un point de communication avec les autres possessions croisées.

Lorsque Saladin se présenta devant Tartous, il réussit à prendre la ville mais ne parvint pas à s’emparer du puissant donjon. Tartous demeura ainsi l’une des dernières places fortes franques de la région, avant de tomber définitivement aux mains des musulmans au XIIIe siècle.

En 1291, après la chute d’Acre et la disparition progressive des États croisés, les derniers chevaliers quittèrent la côte syrienne. Certains trouvèrent refuge à Arwad, où les Templiers s’accrochèrent encore pendant quelques années à leur dernière position insulaire. En 1302, après une dernière tentative de résistance, Arwad tomba à son tour. Avec elle disparaissait l’un des derniers vestiges de la présence militaire franque sur la côte levantine.

Visiter Tartous : la citadelle, la chapelle et le donjon

La citadelle

À l’ouest de la ville, la citadelle de Tartous est encore protégée par une double enceinte, chacune autrefois flanquée de fossés qui pouvaient rapidement être remplis d’eau. Un vaste passage permettait l’entrée des chevaliers et de leurs troupes. À l’intérieur des murailles se trouvaient les différents bâtiments caractéristiques d’un château de Terre sainte : le donjon, la salle des chevaliers et la chapelle.

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la citadelle de Tartous

La partie supérieure du donjon a malheureusement disparu, mais l’ensemble constitue l’un des témoignages les mieux conservés de Tartous médiévale. Sa remarquable conservation s’explique notamment par sa transformation en mosquée. La porte voûtée est surmontée d’une grande niche et d’une arcade dont on distingue encore l’emplacement. La salle de prière de la mosquée occupe aujourd’hui une ancienne salle de garde, reconnaissable à ses belles voûtes gothiques.

On pénètre dans la citadelle par une porte aménagée dans le mur oriental. À la sortie du passage, un petit escalier conduit sur la gauche vers l’ancienne salle des chevaliers. Avant même d’y pénétrer, on peut apprécier ses dimensions imposantes et la vaste place qui s’ouvre au centre de la citadelle.

La salle des chevaliers

Longue d’environ quarante mètres, la salle des chevaliers servait à la fois de salle capitulaire et de salle de réception pour les visiteurs de marque. Elle semble avoir été construite au milieu du XIIIe siècle, même si peu de vestiges des anciennes habitations sont encore conservés à l’intérieur.

La salle était divisée en plusieurs travées par de puissants piliers centraux, une disposition qui rappelle notamment la grande salle supérieure du château de Safita. En la traversant, on peut suivre une petite ruelle qui passe entre les anciennes habitations. Ici et là, on distingue encore des consoles de pierre et des fragments d’arcades qui témoignent de l’organisation médiévale de la citadelle.

La chapelle

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la chapelle de Tartous

Au fond d’une petite ruelle, un portail ouvragé annonce l’emplacement de l’ancienne chapelle. L’édifice, de plan rectangulaire, était divisé en quatre travées couvertes de voûtes gothiques. Ses murs s’intégraient directement aux habitations voisines, formant un ensemble architectural particulièrement caractéristique des forteresses franques de la côte syrienne.

Le donjon

Le donjon constituait le dernier refuge des défenseurs. En cas d’attaque, les chevaliers pouvaient s’y retrancher derrière d’épais murs et poursuivre leur résistance même après la prise de la citadelle.

Cette imposante construction, qui s’élevait sur le front maritime, mesurait environ vingt-deux mètres de côté. Elle était entourée intérieurement de salles et de passages permettant aux défenseurs de circuler et de rejoindre différents niveaux de la fortification.

Son emplacement était particulièrement stratégique : depuis ses murailles, les défenseurs pouvaient surveiller la mer et contrôler l’accès à la ville. C’est probablement ici que résistèrent les derniers chevaliers lorsque Tartous fut finalement abandonnée par les Francs à la fin du XIIIe siècle.

Aujourd’hui, la situation a profondément changé. Depuis la construction de la corniche moderne, la mer ne vient plus battre directement au pied de la forteresse comme elle le faisait autrefois.

Sous le talus, on découvre également plusieurs salles souterraines. Certaines servaient probablement de réserves ou de remises. L’ensemble a fait l’objet de restaurations au XXe siècle et accueille aujourd’hui des espaces consacrés à la découverte, à la conservation et à l’exposition du patrimoine de Tartous.

La ville épiscopale et la cathédrale

Au sud de la citadelle s’étendait l’ancienne ville épiscopale, elle aussi protégée par ses propres fortifications. La localité arabe qui s’établit plus tard sur cet emplacement a progressivement recouvert une grande partie des constructions médiévales.

Pourtant, une promenade dans les rues de la vieille ville permet encore de reconnaître de nombreux blocs de pierre provenant des anciennes constructions franques, ainsi que des fragments d’arcades et d’éléments architecturaux réemployés dans les maisons plus récentes.

Au cœur de cet ensemble se trouve la cathédrale de Tartous, remarquablement conservée. Elle constitue l’un des monuments les plus importants de l’architecture franque en Syrie et rappelle le rôle majeur que la ville joua autrefois dans l’histoire des croisades et des États latins d’Orient.

La découverte de Tartous ne se limite donc pas à une promenade sur le front de mer. Derrière la ville moderne se cache une cité où se superposent plusieurs millénaires d’histoire : héritage phénicien, période gréco-romaine, christianisme ancien, présence franque, forteresses des Templiers et traditions arabes.

Tartous est ainsi une destination particulièrement intéressante pour ceux qui souhaitent découvrir une Syrie historique située à l’écart des itinéraires les plus connus.

La cathédrale Notre-Dame de Tartous

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la cathédrale de Notre- Dame

Après la citadelle, la découverte de Tartous médiévale se poursuit avec la cathédrale Notre-Dame, l’un des monuments francs les mieux conservés de la ville.

Construite par les Francs à Tartous, cette imposante église jouait également un rôle important dans le système défensif de la cité. Sa position stratégique, à proximité immédiate des fortifications, lui permettait de participer à la protection de la ville. Au fil du temps, l’édifice connut plusieurs transformations. Il abrita notamment le musée de Tartous, avant de retrouver sa place centrale dans la découverte du patrimoine historique de la ville.

L’intérieur de la cathédrale

À l’intérieur, l’architecture témoigne clairement des conceptions architecturales de l’Occident médiéval. La haute nef est couverte d’une voûte en berceau brisé, tandis que les travées sont rythmées par de puissants arcs reposant sur de solides piliers.

L’édifice impressionne moins par une décoration abondante que par la force et la sobriété de son architecture. Les proportions de la nef, la robustesse des supports et le traitement des voûtes donnent à l’ensemble cette impression de puissance caractéristique des grandes constructions franques de Terre sainte.

Le flanc nord de l’église mérite une attention particulière. On y remarque notamment une chapelle cubique ainsi qu’un puissant pilier. À proximité, deux couples de l’abside présentent encore des éléments sculptés, malgré les mutilations subies par le décor au cours des siècles.

Parmi ces sculptures figure une colombe, probablement une représentation symbolique de l’Esprit Saint, entourée de quatre figures qui pourraient représenter les Évangélistes. Ces éléments témoignent de la richesse du programme décoratif qui accompagnait autrefois l’architecture de l’église.

Il faut également observer la diversité et la qualité du traitement des chapiteaux. Malgré les dégradations et les transformations successives, certains détails permettent encore de comprendre le savoir-faire des artisans qui travaillèrent à Tartous au Moyen Âge.

Dans la cour, on peut également remarquer un fragment de peinture murale représentant une scène de la Présentation au Temple. Cette peinture a été découverte dans la chapelle du château des Chevaliers et constitue un autre témoignage précieux de l’art chrétien médiéval de la région.

La cathédrale Notre-Dame rappelle ainsi le rôle exceptionnel joué par Tartous dans l’histoire des États latins d’Orient. À la fois lieu de culte, monument architectural et élément du système défensif de la ville, elle constitue aujourd’hui l’un des témoignages les plus remarquables de la présence franque sur la côte syrienne.

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L’île d’Arwad, dernier bastion des Francs

À quelques kilomètres au large de Tartous se trouve l’île d’Arwad, ancienne cité insulaire dont l’histoire est intimement liée à celle de la côte syrienne. Pendant l’Antiquité, Arwad conserva longtemps son autonomie et contrôla un vaste territoire qui s’étendait jusqu’à la vallée de l’Oronte et, vers l’intérieur, jusqu’aux régions montagneuses de Syrie.

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vue panoramique sur l’île d’Arwad

Au XIIIe siècle, alors que les possessions franques de la côte étaient progressivement réduites, Arwad devint l’un des derniers refuges des chevaliers. Après la chute des principales places franques, les Templiers s’y maintinrent encore quelque temps avant d’abandonner définitivement l’île en 1302. Aujourd’hui, les vestiges de cette longue histoire se découvrent au fil d’une promenade à travers les rues de la ville et le long du rivage.

Le port, situé au bord de la mer, constitue l’un des éléments les plus caractéristiques de l’île. Ses installations témoignent de l’importance maritime d’Arwad depuis l’Antiquité. Une partie des anciennes structures portuaires est encore perceptible, tandis que les constructions plus récentes se sont développées autour des anciens espaces urbains.

Les vestiges antiques d’Arwad

En parcourant l’île, on découvre également plusieurs vestiges de la cité antique. Parmi les éléments les plus remarquables figure une tour ou un monument en pierre, dont certains blocs présentent encore un décor architectural caractéristique de l’Antiquité.

À proximité se trouve un monument composé de plusieurs lions monolithiques portant une haute structure décorée de merlons. Ce type de décor architectural rappelle les traditions monumentales du Levant antique et témoigne de la diversité culturelle qui caractérisait Arwad.

Non loin de là, un escalier donne accès à une tombe ancienne, aujourd’hui largement dépourvue de sa superstructure. Les vestiges funéraires rappellent l’importance accordée aux lieux de sépulture dans les cités antiques de la Méditerranée orientale.

Les traditions religieuses de l’île ont également laissé leur empreinte. Les sources anciennes évoquent notamment le culte de divinités vénérées dans le monde grec et romain. Parmi elles figurent des divinités assimilées par les Romains aux grands dieux du panthéon classique, notamment Apollon, qui pouvait également recevoir des fonctions liées à la médecine.

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ruines de la muraille Phénicienne

Le paysage urbain antique apparaît encore à travers certains éléments architecturaux. On distingue notamment les vestiges d’un bassin entouré sur plusieurs côtés d’un portique à colonnes, ainsi que des structures quadrangulaires dont la fonction devait être liée aux activités publiques ou religieuses de la cité.

Certains éléments présentent encore des décors architecturaux en merlons, tandis qu’une entrée monumentale donnait probablement accès à un espace important de la ville. Des blocs de pierre et des fragments de colonnes sont encore visibles, souvent intégrés aux constructions plus récentes.

En poursuivant le chemin à travers l’île, la végétation recouvre aujourd’hui une partie des vestiges hellénistiques. Pourtant, les gradins d’un ancien monument restent parfaitement perceptibles dans le relief du terrain. Ils témoignent de l’existence d’un édifice public important, probablement lié à la vie collective de la cité.

Plus loin, la route traverse les vestiges de la ville hellénistique. Les recherches archéologiques ont permis d’identifier une partie du réseau urbain, notamment un vaste bassin alimenté par un long canal qui aboutissait vers la plage. Autour de cet ensemble s’organisaient différents quartiers et bâtiments rectangulaires dont les fonctions ne sont pas toujours connues avec certitude.

Arwad apparaît ainsi comme un véritable livre d’histoire à ciel ouvert : cité maritime autonome dans l’Antiquité, grande puissance commerciale, puis dernier refuge des Templiers sur la côte levantine. Une visite de Tartous ne serait donc pas complète sans découvrir cette île singulière, située juste au large et profondément liée à l’histoire de la Syrie méditerranéenne.

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