Les Norias de Hama : les géantes de bois qui chantent au bord de l’Oronte

Parmi les trésors les plus emblématiques de la Syrie figurent les célèbres norias de Hama. Depuis des siècles, ces immenses roues de bois tournent sur les rives de l’Oronte, offrant un spectacle unique au monde. Bien plus que de simples machines hydrauliques, elles constituent aujourd’hui l’un des symboles les plus forts du patrimoine syrien.

Pendant des siècles, près d’une centaine de norias fonctionnèrent entre Homs et Hama afin d’approvisionner en eau les villes, les vergers et les campagnes environnantes. Dans cette région insuffisamment arrosée par les pluies, elles représentaient une solution ingénieuse permettant de tirer parti du courant du fleuve pour irriguer les terres fertiles de la vallée.

Une réponse ingénieuse aux contraintes du fleuve

Depuis la ville de Homs jusqu’à la plaine du Ghab, l’Oronte serpente à travers d’innombrables méandres dans une région que les Romains appelaient la Coele-Syrie, la « Syrie creuse ». voir Alep et la vallée de l’oronte Ici, les berges sont souvent trop basses pour permettre la construction de grands barrages. Les retenues d’eau auraient submergé d’importantes surfaces agricoles.

Les habitants développèrent donc une autre solution : les norias.

Actionnées uniquement par la force du courant, ces gigantesques roues élèvent l’eau du fleuve et la déversent dans des aqueducs qui alimentent ensuite les champs, les vergers, les fontaines publiques, les hammams et parfois même les demeures privées.

Une technologie vieille de plus de quinze siècles

La plus ancienne noria visible aujourd’hui à Hama remonte aux XIVe et XVe siècles. Pourtant, cette technique est bien plus ancienne.

Une mosaïque découverte dans l’antique cité d’Apamée représente déjà une roue monumentale au bord de l’Oronte. Datée de l’an 469 de notre ère, elle témoigne de l’ancienneté remarquable de cette technologie hydraulique.

Les norias constituent ainsi l’un des plus anciens systèmes d’irrigation encore visibles au Moyen-Orient.

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la noria Jaabariyé, en plein centre ville, près de la mosquée an-Nouri

Comment fonctionne une noria ?

Malgré leurs dimensions impressionnantes, allant de 7 à plus de 21 mètres de diamètre, toutes les norias reposent sur le même principe.

Le courant actionne des pales fixées à la périphérie de la roue. Comme le lit de l’Oronte est peu pentu, il est souvent nécessaire d’aménager une digue traversant le fleuve afin d’accélérer le courant à travers un passage étroit.

Les pales entraînent alors la rotation de la roue.

À sa périphérie sont fixés des godets qui se remplissent d’eau lorsqu’ils plongent dans le fleuve. En s’élevant, ils transportent cette eau jusqu’au sommet avant de la déverser dans un aqueduc.

La célèbre noria Al-Manouriyé, l’une des plus grandes de Hama, possède à elle seule 120 godets.

Le chant des norias

La fabrication des norias est confiée à une corporation de charpentiers spécialisés dont le savoir-faire s’est transmis oralement de génération en génération.

Le montage de la roue nécessite une connaissance approfondie du bois, de l’équilibre des structures et du comportement du courant. Les artisans assemblent d’abord tous les éléments à plat avant de les transporter sur le chantier où commence la construction finale.

La pièce maîtresse de l’ensemble est l’arbre central, dont le poids peut atteindre 250 kilogrammes.

Lorsque la roue tourne, l’arbre repose sur deux coussinets de bois. Le frottement qui en résulte produit le célèbre grincement des norias.

À Hama, ce son est connu sous le nom de « chant des norias ».

Chaque roue possède sa propre voix. Les spécialistes peuvent même évaluer son état simplement en l’écoutant.

Un patrimoine vivant au cœur de Hama

À l’époque ayyoubide, Hama comptait une trentaine de norias à l’intérieur même de la ville. Dix-sept sont encore visibles aujourd’hui.

Parmi les plus célèbres figurent la noria Al-Jaabariyé et la petite noria Al-Sahouniyé, construites sur la même digue près de la mosquée Al-Nouri mais alimentant des aqueducs différents.

Au milieu du XXe siècle, l’arrivée des pompes mécaniques mit progressivement fin à leur fonction d’origine. Pourtant, loin d’être abandonnées, plusieurs norias furent restaurées afin de préserver cet héritage exceptionnel.

Aujourd’hui, elles demeurent l’un des symboles les plus photographiés de Syrie et continuent de fasciner les voyageurs du monde entier.

Découvrir les norias de Hama, c’est rencontrer une Syrie authentique, voir , où l’ingéniosité humaine, l’eau et le temps ont façonné un patrimoine unique au monde.