Grotte d’Adam au flanc du mont Qassion, minaret de Jésus à la mosquée des Omeyyades, par où descendra le fils de Marie à la fin des temps : la région de Damas balise toute l’aventure humaine. Entre création et derniers jours, elle conserve aussi le souvenir des plus grands prophètes. Abel y est enterré, Abraham y naquit . C’est du moins ce qu’affirment les juifs rétien et les musulmans du côté de Berzé, un faubourg du nord de Damas. Dans la ville même, on peut évoquer, sur la rue Droite, l’ombre de saint Paul aveugle attendant Ananie. Pour sa part, le prophète Mahomet se contenta d’admirer la ville du haut d’une colline.
Si le paradis est sur terre, certes c’est à Damas, s’écriait le voyageur andalou Ibn Jobayr, mort en 1217. Avec lui, des générations de poètes arabes ont loué ce << grain de beauté sur la joue du monde >>. Pour les bédouins surgis du désert, la ville apparaissait sans doute comme un rêve verdoyant et parfumé, traversé par les eaux fraîches de la rivière Barada. Un véritable Éden que le prophète se contenta d’admirer de loin : on n’entre pas deux fois au paradis.
L’oasis a peu à peu été mangée par les constructions modernes, et les vergers qui jadis venaient buter contre les murs de la ville ont cédé la place à des boulevards circulaires et à des immeubles sans grâce. C’est plutôt à l’intérieur de la vieille ville qu’il faut chercher les beautés de Damas. Cernés par les souks, voici la mosquée des Omeyyades, orgueil de l’islam depuis le VIIIᵉ siècle. La via recta de la cité romaine, la même où saint Paul rencontra le disciple Ananie, traverse toujours la ville d’ouest en est.
- Damas dans l’histoire
- Une des plus anciennes cités du monde
- Mentionnée dès le 111ᵉ millénaire sur les tablettes de Mari, au XVe s. Sur les murs du temple d’Amon à Karnak, puis au siècle suivant dans les archives d’Amarna, la capitale rêvée d’Aménophis IV et de la belle Néfertiti, Damas n’entre véritablement dans l’histoire qu’aux environs de l’an 1000 avant J. C. C’est alors la capitale d’un de ces royaumes araméens qui se disputent la Syrie du Nord. Et déjà les maîtres de la ville avaient fort à faire avec le puissant voisin de l’O., le royaume hébreu, au point de payer tribut au roi David (2ᵉ livre de Samuel, 8, 5-6). À partir du VIIIᵉ s., les menaces viennent du N., des grands empires mésopotamiens : aux Assyriens qui, en 732, mettent un terme à l’indépendance du royaume de Damas succèdent les Babyloniens (VIIᵉ s.), puis les Perses au V1e s., sous la domination desquels la ville conserve son importance. Ce n’est qu’après la mort d’Alexandre et le partage de son empire entre ses généraux (323 av. J.-C.) que Damas décline quelque peu : Séleucos Nikator, le premier roi séleucide, choisit en effet Antioche pour capitale.
- Sous le signe de Jupiter
L’arrivée des Romains bouleverse entièrement la physionomie de Damas. Les nouveaux maîtres de l’Orient édifient une cité nouvelle, entourée d’un mur percé de sept portes et traversée par de larges avenues se coupant à angle droit. Au-dessus du sanctuaire du dieu araméen Hadad s’élève désormais un vaste et magnifique temple, dédié cette fois à Jupiter, <>. La ville se dote également d’un théâtre, d’un hippodrome, de thèmes, d’un gymnase dont l’emplacement exact reste encore conjectural. C’est cette grande cité d’une centaine de milliers d’habitants qui sert de cadre à la première prédication de saint Paul, après sa miraculeuse conversion sur le chemin de la ville où il se rend en persécuteur des chrétiens. - Capitale d’un empire arabe
Aux V et V1 s. à l’époque byzantine, Damas eut à souffrir de ses convictions religieuses. La population, en majorité sémite, était en effet gagnée pour l’essentiel au monophysisme. Les hérétiques furent jetés dans des bûchers. Si l’on ajoute à cette inquisition avant l’heure le poids fiscal qui pressurait les habitants, on conçoit que c’est en véritables libérateurs que furent accueillis en 635 les conquérants musulmans conduits par Khaled ibn al-Walid. Ce fut Mansour ibn Sarjoun, notable chrétien et grand-père de saint Jean Damascène, qui négocia avec les vainqueurs le reddition de la ville. Son propre fils, Sarjoun, serviteur d’intendant et de ministre des Armées à Moawiya, le premier des Omeyyades : ainsi, c’est un chrétien qui se trouvait à la tête des troupes musulmanes qui contrôlaient un empire s’étendant de l’Atlantique à l’Indus. - La Damas omeyyade
À en croire les chroniqueurs, les musulmans témoignèrent d’une grande tolérance dans les premières décennies de leur présence. Ils installèrent leur campement à la lisière de la ville et se contentèrent d’édifier un modeste lieu de prière à côté de l’église Saint-Jean-Baptiste, édifiée sous Théodose (379-395) à l’emplacement du temple de Jupiter. - La vieille ville
Le périmètre de la vieille ville recouvre à peu près celui de la ville romaine, qui dessinait un rectangle de 1330 × 850 m. Elle était enfermée dans une enceinte aux murs droits, sauf du côté du Barada (au nord) où elle suivait le cours de la rivière. À l’intérieur, des rues au tracé rectiligne se coupaient à angle droit. Cette ordonnance antique a depuis longtemps disparu pour céder la place à l’enchevêtrement caractéristique des villes arabes. À deux exceptions près : l’ancienne Via Recta (rue droite), qui traverse la ville d’est en ouest, et le quartier de Hariqa, qui doit son plan orthogonal à sa reconstruction après les bombardements de 1925. - Illégales, mais officielles
Pas vraiment occupants légaux, pas non plus squatters : ce sont les habitants des moukhalafat (habitations en contravention) qui occupent notamment le flanc du Qassioun, un quartier de ruelles étroites, tortueuses et pentues où les nouveaux arrivants élèvent leur maison sur les espaces laissés libres. Mais que l’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas ici de bidonvilles en matériaux précaires, mais de maisonnettes pourvues d’une cour, le plus souvent embaumée d’un jasmin et d’un rosier, où l’on prend le frais en famille les soirs d’été. Sans compter que ces habitations sont reliées très officiellement aux réseaux d’électricité, d’eau et d’égout.
