La chapelle Saint-Ananie : l’un des plus anciens sanctuaires du christianisme
Au cœur du quartier chrétien de Damas, au bout d’une petite ruelle bordée d’ateliers d’artisans qui prolonge la célèbre Rue Droite (Via Recta), se cache un lieu discret mais d’une importance exceptionnelle pour l’histoire du christianisme : la chapelle Saint-Ananie.

À première vue, rien ne laisse imaginer que quelques marches conduisent sous le niveau actuel de la ville vers l’un des sanctuaires les plus émouvants du Proche-Orient. Pourtant, selon la tradition chrétienne, c’est ici que vécut Ananie de Damas, le disciple qui accueillit Saul de Tarse après sa conversion miraculeuse et lui rendit la vue avant de le baptiser.
Pour des millions de croyants, ce lieu marque la naissance de l’apôtre Paul, celui qui allait porter le message du Christ jusqu’aux confins de l’Empire romain et transformer définitivement l’histoire du christianisme.
Une mémoire préservée depuis près de deux mille ans
La tradition rapporte qu’une première église fut construite dès le Ve siècle à l’emplacement de la maison d’Ananie.
Cette ancienne église est mentionnée dans plusieurs récits de voyageurs musulmans des premiers siècles de l’islam, preuve que le souvenir de ce lieu était déjà profondément enraciné dans la mémoire des habitants de Damas.

L’édifice disparut probablement au XIIIᵉ siècle, mais son emplacement ne fut jamais oublié.
Lorsque des fouilles archéologiques furent entreprises dans les années 1920, elles révélèrent les vestiges d’une église byzantine construite au-dessus d’une habitation beaucoup plus ancienne, que les archéologues datèrent du Ier siècle de notre ère.
Aujourd’hui encore, les visiteurs descendent dans une crypte sobre et silencieuse qui engloberait une partie de cette demeure antique. L’atmosphère y est particulièrement saisissante : la pierre semble conserver le souvenir des premiers temps du christianisme.
Dans une petite salle attenante, plusieurs illustrations racontent la vie de saint Paul et rappellent le rôle décisif joué par Damas dans son destin.
La conversion de saint Paul : le tournant qui changea l’histoire du christianisme
Peu d’événements ont eu autant de conséquences dans l’histoire religieuse du monde que la conversion de Saul de Tarse sur le chemin de Damas.

Persécuteur zélé des premiers chrétiens, Saul se rendait à Damas afin d’y arrêter les disciples de Jésus lorsque, selon les Actes des Apôtres, un événement extraordinaire bouleversa sa vie.
« Comme il approchait de Damas, une lumière venant du ciel l’enveloppa soudain de sa clarté. Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : “Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ?” »
Aveuglé par cette vision, Saul fut conduit jusqu’à Damas où, durant trois jours, il demeura sans voir, sans manger et sans boire.
C’est alors qu’intervient Ananie.
Le Seigneur lui apparaît en songe et lui demande de se rendre dans la Rue Droite, dans la maison de Judas, où séjourne Saul de Tarse.
Malgré ses craintes, Ananie obéit.
Il pose les mains sur Saul et lui dit :
« Saul, mon frère, le Seigneur Jésus, qui t’est apparu sur le chemin, m’envoie afin que tu retrouves la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint. »
Les Actes des Apôtres racontent alors que :
« Aussitôt, il tomba de ses yeux comme des écailles ; il recouvra la vue, se leva et fut baptisé. »
(Actes des Apôtres 9, 3-19)
À partir de cet instant, Saul devient Paul, l’apôtre qui consacrera le reste de sa vie à annoncer l’Évangile dans tout le bassin méditerranéen.
Sans cette rencontre à Damas, le christianisme n’aurait probablement jamais connu l’expansion qui allait marquer durablement l’histoire du monde.
Deux lieux à Damas racontent encore l’histoire de saint Paul
Aujourd’hui, deux sites permettent aux visiteurs de suivre les pas de l’Apôtre dans la vieille ville de Damas.
Le premier est la chapelle Saint-Ananie, où Paul retrouva la vue et reçut le baptême.
Le second est Bab Kissan, l’ancienne porte méridionale de la ville romaine.

Selon la tradition chrétienne, c’est par cette porte que les disciples firent descendre Paul dans un panier suspendu le long des remparts afin de lui permettre d’échapper à ceux qui voulaient le faire mourir.
Ces deux lieux, distants de seulement quelques centaines de mètres, constituent aujourd’hui l’un des plus anciens itinéraires de pèlerinage chrétien au monde et rappellent que Damas demeure l’une des villes les plus importantes de l’histoire du christianisme.
Bab Sharqi : la Porte de l’Est, entrée historique du quartier chrétien de Damas
Visiter Damas, c’est remonter près de deux mille ans d’histoire. Parmi les lieux les plus emblématiques de la vieille ville, Bab Sharqi – la Porte de l’Est – constitue le point de départ idéal pour découvrir le quartier chrétien, la célèbre Rue Droite, la chapelle de Saint Ananie et les lieux associés à la conversion de saint Paul.
Bab Sharqi, la seule porte romaine entièrement conservée de Damas

À l’extrémité orientale de la célèbre Rue Droite (Via Recta), Bab Sharqi est aujourd’hui la seule des anciennes portes romaines de Damas à avoir conservé son aspect originel.
Édifiée durant l’époque romaine, elle fut dégagée des constructions qui l’enserraient au cours du Mandat français. Les travaux de restauration rendirent à la porte ses proportions monumentales ainsi que la vaste esplanade qui la précède.
Son architecture illustre parfaitement l’urbanisme romain. La grande ouverture centrale permettait autrefois le passage des chars, des cavaliers et des convois commerciaux, tandis que deux passages latéraux étaient réservés aux piétons, protégés par les portiques qui longeaient la Rue Droite.
Aujourd’hui encore, en franchissant Bab Sharqi, le visiteur traverse exactement le même passage qu’empruntaient soldats romains, marchands, pèlerins et voyageurs il y a près de vingt siècles.
Entre histoire romaine et conquête musulmane
Bab Sharqi occupe également une place importante dans l’histoire de la conquête islamique de la Syrie.
La tradition rapporte que c’est par cette porte que le célèbre général Khalid ibn al-Walid entra dans Damas en 635, lors de la conquête musulmane de la ville. Cet événement marqua le début d’une nouvelle période de l’histoire damascène, sans pour autant interrompre le caractère multiculturel qui faisait déjà la renommée de la cité.

À proximité immédiate, un élégant minaret construit sous le règne de Nur ad-Din rappelle la succession des grandes périodes architecturales qui ont façonné Damas au fil des siècles.
Le cœur du quartier chrétien de Damas
Autour de Bab Sharqi s’étend aujourd’hui le célèbre quartier chrétien, l’un des plus anciens quartiers habités de la capitale syrienne.
À quelques pas seulement se trouvent les patriarcats arménien orthodoxe et grec-catholique, de nombreuses églises , des couvents, des maisons damascènes traditionnelles ainsi que plusieurs des lieux les plus importants du christianisme oriental.
L’atmosphère y est particulièrement paisible. Les ruelles pavées, les façades anciennes, les cours fleuries et les cafés installés dans des demeures ottomanes offrent un contraste saisissant avec l’animation des grands souks de la vieille ville.
Les vestiges de la muraille romaine
En poursuivant la promenade entre Bab Sharqi et Bab Kisan, le visiteur peut encore observer l’un des témoignages les plus impressionnants de la Damas romaine.
Sur plusieurs mètres de hauteur subsistent les soubassements de l’ancienne enceinte édifiée en énormes blocs de pierre parfaitement appareillés. Cette muraille protégeait l’une des plus anciennes villes continuellement habitées au monde.
Ces vestiges rappellent que Damas fut une cité stratégique de premier ordre dans l’Empire romain, avant de devenir l’une des grandes capitales du monde byzantin puis islamique.
Le point de départ du parcours de saint Paul
Mais Bab Sharqi est bien davantage qu’un monument antique.
C’est également la porte qui ouvre vers la célèbre Rue Droite, mentionnée dans les Actes des Apôtres, où saint Paul fut conduit après sa conversion sur le chemin de Damas.
À quelques centaines de mètres seulement se trouvent la chapelle Saint-Ananie, bâtie selon la tradition sur la maison du disciple qui baptisa Paul, ainsi que Bab Kissan, la porte par laquelle l’apôtre aurait quitté la ville caché dans une corbeille afin d’échapper à ses poursuivants.
Pour les pèlerins comme pour les passionnés d’histoire, cette promenade constitue l’un des itinéraires les plus émouvants de tout le Proche-Orient.
La Via Recta : la Rue Droite, l’artère la plus célèbre de Damas
« Va dans la rue Droite et demande, dans la maison de Judas, un homme nommé Saul de Tarse. »
(Actes des Apôtres 9,11)

Peu de rues au monde peuvent se vanter d’être mentionnées dans la Bible. À Damas, la célèbre Rue Droite (Via Recta) est bien plus qu’une simple artère urbaine : elle constitue l’un des lieux les plus emblématiques de l’histoire du christianisme.
Créée à l’époque romaine, elle formait le decumanus maximus, l’axe principal traversant la ville d’est en ouest sur plus de 1 300 mètres. Aujourd’hui encore, elle relie Bab Sharqi (la Porte de l’Est) à l’ancien cœur commercial de Damas, offrant aux visiteurs un véritable voyage à travers près de deux mille ans d’histoire.
Dans sa partie occidentale, la rue correspond aujourd’hui au souq Midhat Pacha, couvert d’une longue voûte métallique édifiée à la fin du XIXᵉ siècle par le gouverneur ottoman Midhat Pacha. Sa partie orientale conserve davantage son aspect originel et conduit directement jusqu’à Bab Sharqi, l’une des plus remarquables portes romaines du Proche-Orient.
Depuis l’Antiquité, cette rue constitue le grand axe commercial de Damas. Boutiques d’artisans, échoppes d’épices, ateliers de cuivre, tissus, parfums, cafés traditionnels et anciennes demeures damascènes se succèdent encore aujourd’hui, perpétuant une activité ininterrompue depuis près de vingt siècles.
La Rue Droite n’a pourtant pas toujours mérité son nom. Au fil des siècles byzantins puis islamiques, les maisons, les boutiques et les caravansérails empiétèrent progressivement sur la vaste chaussée romaine, réduisant considérablement sa largeur.
Lors de son passage à Damas en 1867, l’écrivain américain Mark Twain s’amusait d’ailleurs à écrire :
« La rue qu’on appelle Droite est plus droite qu’un tire-bouchon, mais moins droite qu’un arc-en-ciel. »
Ce n’est qu’à partir des grands travaux entrepris aux XIXᵉ et XXᵉ siècles que son tracé antique fut progressivement dégagé, lui redonnant son alignement historique.
La restauration menée par Midhat Pacha transforma profondément le quartier. Le gouverneur ottoman employa des méthodes radicales : afin d’élargir la rue et de supprimer un enchevêtrement de ruelles insalubres, une partie entière du quartier fut incendiée puis reconstruite selon un plan plus régulier.

Aujourd’hui, parcourir la Via Recta est sans doute l’une des expériences les plus fascinantes à vivre à Damas. Derrière les hauts murs de pierre se cachent d’élégantes demeures damascènes, d’anciens khans ottomans, des églises, des ateliers artisanaux et des cours intérieures fleuries qui témoignent de la richesse culturelle exceptionnelle de la plus ancienne capitale continuellement habitée du monde.
Chaque détour révèle une nouvelle facette de la ville, où l’histoire romaine, byzantine, islamique et chrétienne cohabitent dans un équilibre unique.
Découvrir Damas et les lieux liés à l’essor des premières églises en Syrie, c’est plonger au cœur de l’histoire médiévale du Levant et comprendre pourquoi la Syrie fut pendant des siècles un centre majeur de civilisation, de culture et de spiritualité.
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