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L’art damascène « Ajami » : le trésor caché des maisons de Damas

Quand on pénètre dans une ancienne maison damascène, dans un palais ottoman ou dans certaines demeures historiques de la vieille ville de Damas, le regard se lève presque instinctivement vers les plafonds peints, les boiseries sculptées et les panneaux éclatants d’or et de couleurs. Derrière cette beauté se cache l’un des arts les plus raffinés du Proche-Orient : l’art damascène, appelé localement « Ajami ».

Bien plus qu’un simple art décoratif, l’Ajami constitue l’âme visuelle de l’architecture damascène traditionnelle. Cet héritage artistique, né à Damas il y a plusieurs siècles, représente aujourd’hui l’une des expressions les plus précieuses du patrimoine syrien.

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l’art damascène ou Ajami

Un art né à Damas

L’Ajami est profondément lié à l’histoire de Damas. À l’origine, cet art servait principalement à décorer les plafonds des palais et des grandes demeures aristocratiques. Avec le temps, il s’est étendu aux murs, aux salons de réception, aux portes, aux niches et aux boiseries intérieures.

Cet art atteignit un niveau exceptionnel dans les maisons damascènes traditionnelles où chaque détail possédait une signification esthétique, spirituelle et symbolique.

Le quartier d’Al-Qaymariyya, dans la vieille ville de Damas, était autrefois célèbre pour ses ateliers spécialisés. On le surnommait parfois « la petite Inde » en raison du grand nombre d’ateliers et de la qualité exceptionnelle des œuvres produites.

Aujourd’hui encore, quelques artisans perpétuent cette tradition ancestrale, malgré les difficultés économiques et la disparition progressive des métiers artisanaux.

Mohammed Hajj Qab : l’un des derniers gardiens du patrimoine damascène

Parmi ces rares maîtres artisans figure Mohammed Hajj Qab, rencontré lors de nos explorations culturelles à Damas avec Détour Syrie.

Selon lui, moins d’une centaine de personnes dans le monde pratiquent encore cet art dans sa forme authentique. Ces artisans sont parfois appelés « les gardiens du patrimoine humain » ou encore « les gardiens de l’art damascène ».

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Mohammed Hajj Qab: l’un des derniers combattants pour preserver l’art damascène

Mohammed explique que les racines de cet art remontent à une époque antérieure à l’arrivée de l’islam en Syrie. Certaines églises anciennes et monuments chrétiens de Damas témoigneraient déjà de l’utilisation de cet art décoratif.

Autrefois, les tâches étaient réparties avec précision :

les hommes pratiquaient la calligraphie,
les femmes réalisaient les décorations et les motifs, un travail demandant une précision extrême et une patience remarquable.
Une identité visuelle unique

L’Ajami ne se résume pas à une décoration luxueuse. Chaque motif possède une signification.

Les compositions géométriques, florales et végétales constituent un véritable langage visuel. Les reliefs sont réalisés grâce à une pâte spéciale appelée localement « Nabati », un mot dérivé du verbe arabe lié à la croissance et à l’émergence, car les motifs semblent littéralement pousser hors du bois.

La pâte traditionnelle utilisée aujourd’hui reste pratiquement inchangée depuis près de 1400 ans. Elle contient notamment :

de la colle animale, du pigment naturel, du nitrate de sodium, du zinc.

Contrairement aux idées répandues, l’huile de lin n’entre pas dans la composition de base. Elle est utilisée uniquement à la fin pour protéger le bois contre l’humidité et préserver son éclat.

La fabrication d’un chef-d’œuvre

Créer une œuvre Ajami demande des semaines, parfois des mois de travail.

  1. Le dessin

L’artiste réalise d’abord un croquis détaillé sur papier.

  1. La perforation

Le dessin est perforé minutieusement afin de transférer les motifs.

  1. Le transfert

De la poudre de charbon est appliquée sur le papier perforé pour reproduire les contours sur le bois.

  1. Le relief

À l’aide d’un pinceau fin et d’une pâte spéciale, les motifs sont élevés en relief.

  1. La couleur

Les pigments sont appliqués à la main avec une grande précision.

  1. La dorure

L’or ou l’argent viennent illuminer certains détails.

  1. Les contours

Les lignes sont retravaillées afin de renforcer la profondeur visuelle.

  1. L’effet tridimensionnel

C’est l’étape la plus complexe. Elle nécessite une maîtrise géométrique exceptionnelle pour donner l’effet 3D caractéristique de l’Ajami.

  1. Les finitions

L’œuvre est vernie et protégée avant installation.

Chaque détail compte. Chaque erreur est irréversible.

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des compositions géométriques, florales et végétales constituent un véritable langage visuel.

Un art vivant… mais menacé

Aujourd’hui, l’art damascène est devenu un art de luxe. Les matériaux coûteux, le temps de fabrication et la rareté des artisans limitent son utilisation aux palais restaurés, hôtels patrimoniaux et grandes demeures.

Mohammed Hajj Qab exprime une inquiétude profonde :
la jeune génération se détourne de cette profession exigeante. Beaucoup préfèrent émigrer ou apprendre des métiers plus rentables.

L’arrivée des technologies numériques et des machines CNC n’a pas remplacé le travail manuel. Selon lui, l’Ajami et les techniques industrielles sont « deux lignes parallèles qui ne se rencontreront jamais ».

Aucune machine ne peut reproduire la texture, la profondeur et l’âme du véritable Ajami damascène.

Découvrir l’art damascène avec Détour Syrie

Lors de nos circuits culturels à Damas, la découverte de cet artisanat constitue une étape essentielle.

Visiter l’atelier d’un maître artisan, observer chaque geste, comprendre les secrets de fabrication et écouter les récits des derniers gardiens de cet art permet de découvrir une autre Syrie :
celle du savoir-faire, de la transmission et de la mémoire vivante.

Découvrir la Syrie, ce n’est pas seulement visiter des monuments historiques.
C’est aussi rencontrer les hommes et les femmes qui maintiennent encore vivant l’un des plus précieux patrimoines artistiques du Moyen-Orient.

📩 Contact : info@detoursyrie.com
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